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Faut-il retourner en Birmanie,
faut-il boycotter la destination ?

Christophe Sentuc Directeur de Terre Birmane :
« Boycotter la Birmanie serait pénalisant pour le peuple, pas pour la Junte »
Seulement 4 % des revenus générés par le tourisme reviennent au gouvernement birman

Alors qu’une vague de répression s’est abattue sur la Birmanie, après plusieurs semaines de manifestations anti-gouvernementales, et que les informations sur la situation dans le pays parviennent de plus en plus difficilement, Terre Birmane, demeure en contact régulier avec ses correspondants sur place.

Selon nos informations recueillies, la vie quotidienne a repris son cours habituel. La présence militaire est aujourd’hui très discrète et les traces des manifestations et des affrontements de ces dernières semaines ont disparu. Les monastères et les pagodes sont à nouveau animés de l’habituelle ferveur bouddhiste birmane, et sont tous ouverts aux visiteurs, ainsi que tous les sites touristiques du pays. Restaurants et hôtels sont ouverts, et tous les vols réguliers assurant les liaisons entre les principales destinations touristiques ont repris. Touristes et visiteurs étrangers peuvent emmener et utiliser sans contraintes leurs appareils photos, caméras vidéo et ordinateurs portables. En revanche, les téléphones mobiles ne fonctionnent pas, les réseaux GSM restent fermés. L’accès Internet est à nouveau ouvert depuis le 15 octobre, mais le réseau demeure surveillé, tout étant filtré par les serveurs gouvernementaux : certains emails prennent 24h pour parvenir à leur destinataire...Les ambassades délivrent comme à l’habitude les visas touristiques, même si certains évoquent des délais de délivrance plus longs. Enfin, le couvre-feu n’est plus appliqué depuis samedi 20 octobre ni à Yangon, ni à Mandalay.

Si la vie quotidienne a repris son cours et si la découverte touristique de la Birmanie ne souffre d’aucune contrainte logistique ni de conditions de sécurité particulières, une question demeure : faut-il retourner en Birmanie, faut-il boycotter la destination ? Selon Christophe Sentuc, directeur de Terre Birmane, « boycotter la Birmanie serait plus pénalisant pour le peuple que pour la junte au pouvoir. Les Birmans ont plus que jamais besoin des revenus du tourisme et des contacts avec l’extérieur, pour ne pas avoir le sentiment d’être abandonnés par la communauté internationale. Quant à savoir si le fait d’emmener des voyageurs en Birmanie profite à la junte, la réponse est claire : c’est non. Avec seulement 232 000 visiteurs internationaux déclarés en 2005, les revenus tirés du tourisme sont anecdotiques par rapport à l’exportation de gaz, pétrole, bois,  pierres précieuses ou d’autres matières premières : 12 millions de US$ en 2005 pour le tourisme, contre 2 millions de US$ encaissés par jour pour les seuls gaz et  pétrole. Sur place, nous n’utilisons que des prestataires privés, qu’il s’agisse de l’hébergement, des transports ou des restaurants. De plus, les structures gouvernementales sont dans un tel état qu’aucun opérateur touristique ne les utilise. Quant à nos contacts avec la Junte, ils se limitent à la demande d’autorisations de circuler  dans les régions frontalières du pays où nous traçons fréquemment des itinéraires pour sortir du classique triangle Lac Inlé-Mandalay-Bagan ».

Avant d’emmener des voyageurs en Birmanie, nous estimons que comme tout voyagiste responsable, nous nous devons de veiller à :

  • Informer notre clientèle sur la situation très difficile du peuple birman. Depuis trois ans, des cas de malnutrition sont apparus dans certains quartiers de la capitale.
  • Suggérer à nos clients de ne pas provoquer de discussion avec des inconnus, au risque de mettre en danger son interlocuteur et sa famille.
  • Suspendre tous voyages prés de certaines régions frontalières telles que à Hpa-an et Moulmein (Etat Karen), Tachilek (Etat Shan) ou Mrauk U (Etat d’Arakan).
  • Eviter au maximum certaines structures locales appartenant au gouvernement : train, certains ferries (entre Mandalay et Bhamo), Myanmar Airways, et quelques rares hôtels tel que le Ngapali Beach Hotel à Ngapali.
  • Eviter autant que possible certaines structures très liées avec les intérêts de certains généraux: la compagnie aérienne Air Bagan, les hôtels des groupes Myanmar Treasure Resorts et Aureum Palace, ainsi que les hôtels Inya Lake, Thamada, Yuzana et Strand à Yangon.
  • Suggérer à nos clients d’apporter discrètement et autant que possible un soutien financier aux gens rencontrés : achat d’artisanat local, dons aux temples, monastères et écoles rattachées, cadeaux de petits objets manufacturés occidentaux…
  • Soutenir de préférence des ONG actives dans le pays plutôt que d’aider directement une famille ou une petite collectivité, dans la mesure ou les intéressés peuvent être suspectés par les autorités d’entretenir des relations anti-gouvernementales (nous tenons une liste à disposition).

Enfin, Terre Birmane a fait le calcul précis des revenus que tire le gouvernement de l’activité touristique. « Après prise en compte des diverses taxes que paient nos prestataires et ses sous-traitants au gouvernement, nous avons calculé que seulement 4% des revenus générés par notre activité en Birmanie reviennent dans les poches de la junte, hors visas et taxes d’aéroport », déclare Christophe Sentuc. Le tourisme profite à des dizaines de milliers de Birmans, des employés des hôtels aux vendeurs de souvenirs, et demeure un des seuls revenus de subsistance d’une population totalement laissée pour compte par les autorités militaires au pouvoir ».